Quelle est la valeur du désherbage pour l’agriculture anglaise ?

15/02/2011

Dans une étude récente, Sarah Cook, Sarah Wynn, et James Clarke ont analysé le rôle d’un désherbant, le glyphosate, dans l’économie agricole anglaise. Ces chercheurs avaient déjà examiné à plusieurs reprises les conséquences de changements dans l’utilisation de pesticides sur des cultures comme les céréales ou le colza, qui sont très présentes en Grande-Bretagne.

Dans cette étude, ils ont mis au point un modèle pour « évaluer les impacts économiques de l’absence de glyphosate ». En s’appuyant sur des données de marché et des informations fournies par des agronomes, comme ceux du AICC (Association of Independant Crop consultants), qui est « le groupe le plus important d’Europe d’experts agricoles fournissant du conseil sur plus de 800 000 hectares en Angleterre, en Ecosse et au pays de Galle. », les auteurs ont déterminé les surfaces désherbées, les pratiques alternatives et les coûts engendrés.

En l’absence de désherbant à certaines étapes des cultures, la concurrence des mauvaises herbes se fait plus forte et occasionne des baisses de rendement évaluées à 17-20% pour le blé, 15-20% pour le colza, selon les situations. Afin de compenser ces pertes, l’étude indique que les surfaces supplémentaires à cultiver pour produire la même récolte pourraient atteindre 546 000 hectares ! A condition que l’on trouve les champs disponibles… Dans la plupart des cas, la seule solution serait de labourer des prairies pour les cultiver !

Ainsi, l’absence de glyphosate obligerait les agriculteurs à labourer des prairies, à travailler plus le sol pour extirper les mauvaises herbes (rhizomes, racines etc) et à utiliser d’autres désherbants dans les cultures. Outre l’achat d’outils supplémentaires, les dépenses de gas-oil augmente également. Par ailleurs, le grain risque de murir moins vite, nécessitant des coûts de séchage supplémentaires qui vont encore grever le budget de l’agriculteur.

« Afin de maintenir les revenus des paysans au niveau actuel », l’étude montre que le prix du grain devrait alors augmenter considérablement : de 40% pour le blé et de 26% pour le colza, ce qui aurait « un impact significatif sur les coûts de l’élevage, qui se répercuteraient sur le prix des produits animaux comme le lait et la viande de porc », selon les auteurs.       
 
Enfin, à cause des interactions entre désherbage et pratique du labour ou du travail du sol, l’étude fait une approche de l’empreinte écologique. Pour la culture de blé, un arrêt d’utilisation de désherbage avec du glyphosate aboutirait à une augmentation de 25% des émissions de gaz à effet de serre !


Sources :

Cook S.K., Wynn S.C., and J.H. Clarke. 2010. How valuable is glyphosate to UK agriculture and the environment?, Outlooks on Pest management, December 2010.

ADAS : voir http://www.adas.co.uk/ : organisation britannique fournissant des conseils d’environnement, de développement rural et de politique agricole.