Détruire les couverts rotationnels sans herbicide : rêve ou réalité ?

05/11/2010

L’un des outils de l’agriculture durable est le semis de « couverts » végétaux. Ce sont des espèces végétales implantées entre deux cultures, dont l’objectif est de protéger le sol en hiver pour limiter l’érosion et la pollution des eaux par les nitrates. Mais quand l’agriculteur veut semer au printemps du maïs, des pois ou du tournesol, il doit se débarrasser du couvert en le détruisant. Plusieurs méthodes alternatives existent et la discussion à ce sujet bat son plein !


Photo 1 (Arvalis Institut du Végétal) – Destruction mécanique du couvert

Par exemple,  on observe dans la campagne des démonstrations d’outils mécaniques complexes équipés de « dents à pattes d’oie », de « fraises » rotatives « scalpant » la couverture végétale à quelques centimètres sous la surface du sol, ou encore de « rotavator »  pulvérisant le couvert en débris végétaux (Photo 1).

La démonstration est toujours impressionnante !  Effectivement, la machine détruit le couvert … et l’agriculteur rendu confiant  réalise ensuite son semis dans des conditions plutôt bonnes. En spectateur d’une telle démonstration, on pourrait prétendre de toute évidence «  quil n’y a aucun intérêt alors à utiliser un désherbant pour détruire le couvert ».

Sauf que la pratique de  gestion d’un couvert  est bien souvent nouvelle dans bon nombre de régions et qu’on a quelque peu oublié certains fondamentaux de l’agronomie.


Photo 2 (Monsanto) – A gauche, couvert d’avoine détruit mécaniquement. Dans la partie droite, la destruction du couvert avec Roundup® a évité les repousses d’avoine et de mauvaises herbes

Les praticiens avertis savent bien  que 2 à 3 mois après un tel travail de destruction du couvert, beaucoup de  mauvaises herbes, en particulier celles qui ont résisté au « scalpage » car elles ont des racines vigoureuses, très profondes  quelquefois, pleines de réserves, auront repoussé. Le chiendent par exemple développe plusieurs mètres de rhizomes dans le sol et la destruction des feuilles ne l’empêchera pas de repartir avec plus de vigueur encore quelques semaines après, pour concurrencer le maïs ou le tournesol en place (photo 2). Même histoire  pour les rumex, agrostis, et autre avoine à chapelet.                                                   
                                 

Cette problématique illustre bien les débats du moment : les couverts implantés en hiver protègent les sols de l’érosion et aident à piéger les nitrates du sol, pour protéger les aquifères. Rien que des avantages pour l’environnement ! D’un autre côté il y  a les repousses massives des mauvaises herbes… car aucun désherbant n’est utilisé, et souvent le travail de destruction mécanique du couvert n’est pas complet. L’agriculteur a alors le choix : soit entamer le rendement de  sa récolte future, soit employer plus tard d’autres désherbants, sélectifs, dans la culture de tournesol ou de maïs et réaliser un travail mécanique coûteux en énergie.   


Photo 3 (Monsanto) – Dans la partie non traitée au Roundup (à gauche) la perte de rendement sera importante

Les agriculteurs pratiquant les TCS (Techniques culturales simplifiés) et le SD (Semis direct) ont  traité de tout ceci  en long, en large et en travers. La conclusion est sans appel : le travail du sol, même très superficiel, prépare ce qu’on appelle un « lit de semence » qui  favorise la levée des graines de mauvaises herbes et ne détruit pas les mauvaises herbes vivaces à racines très profondes. Le travail du sol entretient donc un  stock de graines indésirables, de racines et de rhizomes susceptibles de se développer et de concurrencer sérieusement les cultures induisant des pertes potentielles de 10 à 60% des rendements, malgré l’utilisation d’autres désherbants dans la culture (photo 3).

Valérie Kimpe, Responsable  Environnement, nous rappelle qu’ « il existe des systèmes de cultures où  l’on ne travaille plus du tout le sol. Le sol couvert en permanence,  ne laisse plus que très peu de possibilités de développement  aux mauvaises herbes, stoppées par les couverts. Les désherbants utilisés pour détruire ces couverts détruisent aussi en profondeur les mauvaises herbes, même les plus difficiles, et le stock grainier du sol diminue avec les années ».

Dans ce domaine les leaders de cette technique, appelée « Conservation Tillage (CT) » par les anglo-saxons, sont les brésiliens et les argentins. Le système fonctionne avec le désherbant Roundup®, qui pénètre dans la plante (couvert et mauvaises herbes) et assure une destruction complète (feuilles et racines) permettant aux cultures suivantes de se développer vigoureusement.  

Dans la majorité des situations, « l’absence de désherbage sur le couvert favorise le développement de mauvaises herbes vivaces pour de nombreuses raisons » précise Valérie Kimpe. « Leurs niches écologiques, ce sont les cultures ! tout simplement parce qu’il n’y a pas de moyen humain de les éliminer puisqu’elles ont des rhizomes ou autres racines profondes, bien en dessous de la surface accessible par l’homme avec ses outils ».  Pendant des siècles toutes les cultures ont été infestées de mauvaises herbes vivaces, et l’apparition de désherbants dits systémiques, (comme Roundup), parce qu’ils pénètrent dans la mauvaise herbe et circulent jusqu’au bout des racines a permis de conduire des cultures à peu près indemnes de vivaces. Valérie Kimpe conclut que « sans désherbant systémique les vivaces vont revenir dans la rotation ».

Les alternatives mécaniques comme le labour, ou le scalpage de la surface du sol  semblent souvent périlleuses – car les infestations risquent de revenir - et ces pratiques sont terriblement coûteuses en énergie et en dégagement de gaz à effets de serre.