Les OGM nuisent à la biodiversité !

La biodiversité est un concept complexe dont le contenu peut revêtir de nombreux aspects. Par principe, l´agriculteur qui cultive va rechercher une réduction de la biodiversité dans son champ pour permettre à la culture choisie de s´établir et de produire, en subissant un minimum de concurrence par d´autres organismes vivants devenus indésirables, plantes ou animaux. On distingue donc immédiatement une notion de biodiversité dans le champ et à l´extérieur du champ cultivé. D´autres s´intéressent au nombre d´espèces vivantes en allant des plus visibles (arbres, plantes, grands animaux) aux moins visibles (animaux vivant dans le sol, dans l´eau, microbes etc.).

Par rapport aux OGM, voici quelques commentaires illustrant que les biotechnologies végétales ne sont pas en tant que telles des obstacles à la biodiversité. On peut même parfois envisager le contraire.

  • Protéger des espèces sauvages ou cultivées : On peut considérer que l´introduction d´un ou plusieurs gènes (par transgénèse) dans une culture crée de la diversité supplémentaire ou la maintient. On connaît l´exemple des arbres fruitiers atteints par la sharka, maladie incurable causée par un virus, et que l´on trouve chez le prunier¹, le pêcher, le nectarinier, l´abricotier, dans tous les pays producteurs en Europe et dans le monde. Des travaux d´introduction d´un gène de résistance au virus sont menés, en particulier chez le prunier. En cas de succès, cela permettrait de maintenir la diversité des variétés cultivées. Quelques informations sont disponibles sur le site de l´Institut national de la recherche Agronomique.  
  • Rappeler les interactions naturelles entre organismes vivants : Dans un champ, la culture et les pratiques agricoles ont des effets évidents sur les organismes vivants, sans que cela soit forcément un problème. Par exemple, le labour réduit le nombre de  lombrics (vers de terre) dans le sol. Beaucoup de plantes et bien d'autres organismes produisent « naturellement » des molécules répulsives ou insecticides de nature protéique. Ce sont des essences, hormones, résines, polyphénols ; il y a aussi des protéines, dans les graines par exemple, qui ont une activité pesticide². Certaines sont actives contre les champignons, les autres contre les bactéries, les levures, les virus. Les anglo-saxons appellent ces substances Pathogenesis Related Proteins (PRP). En introduisant une nouvelle protéine comme celle du Bt dans du maïs, on ne fait qu´ajouter une PRP supplémentaire, parmi les centaines déjà émises dans la nature et dans les zones cultivées. Mais rien ne laisse croire a priori que la plante transgénique va nuire à la biodiversité.   
  • Vérifier qu´il n´y a pas d´effets indésirables sur les autres organismes : Les effets des cultures Bt (résistantes aux insectes) sont très ciblés. Par exemple, la protéine Bt n´agit que sur les 2 insectes ravageurs du maïs : la pyrale et la sésamie. Pour protéger la diversité, il convient de vérifier les effets éventuels sur d´autres insectes, non ravageurs du maïs (par exemple coccinelle, chrysope, abeille, syrphe etc). C´est ce qui est vérifié scientifiquement, et les nombreuses études confirment l´innocuité du maïs Bt vis-à-vis de ces insectes, qui font partie des « organismes non cibles » contribuant à la biodiversité de la parcelle.
  • Protéger les espaces riches en espèces vivantes : L´augmentation de la population mondiale et de la demande alimentaire va obliger l´agriculture à accroître sa production de 70% d´ici 2050 (Sommet mondial de la FAO). Aujourd´hui environ 1,5 milliard d´hectares sont cultivés et les sols cultivables supplémentaires sont rares. Beaucoup de surfaces disparaissent à cause de l´érosion, de l´urbanisation, de la salinisation, de la désertification (environ 12-13 milliards d´hectares par an dans le monde, 72 000 hectares par an en France). Dans ce contexte, répondre à la demande alimentaire va obliger les agriculteurs du monde à lever le dilemme suivant : soit produire plus par unité de surface, soit étendre les surfaces cultivées. Ce deuxième choix ne pourra se faire qu´en coupant des forêts, en labourant des zones de pâtures, ou en asséchant des marais et des zones humides : la destruction de toutes ces zones pour les rendre agricoles entraînerait une perte inestimable pour la biodiversité. Les cultures OGM, en augmentant les rendements par hectare, peuvent ainsi contribuer à réduire la dégradation ou même la disparition des zones riches en biodiversité.

En résumé pour un sujet à multiples facettes comme la biodiversité, les OGM peuvent protéger la biodiversité de diverses manières :

  • Protéger des espèces cultivées qui pourraient disparaître à cause de leur sensibilité à une maladie ou un ravageur
  • Préserver la faune utile (insectes, petits mammifères, oiseaux … ) tout en luttant contre les ravageurs pour améliorer le rendement des cultures en utilisant la technologie Bt très sélective
  • Freiner l´extension des surfaces cultivées dans des zones riches en biodiversité (forêts, marais, etc.) tout en augmentant la production agricole alimentaire exigée par l´humanité en optimisant le rendement sur les surfaces agricoles déjà utilisées

  1. l’INRA a déposé en 2001 une demande de brevet pour une variété de prunier transgénique. Le brevet aurait été accordé en 2004

  2. « Il y a environ 60 insecticides dans le petit pois. Pourtant, on ne considère pas ce légume comme un insecticide ! », Philippe Joudrier dans Le Point, Les OGM expliqués aux nuls, par Sophie Coignard, 25 octobre 2007.