De nouvelles connaissances sur l’utilité du désherbage en agriculture avec le glyphosate

24/06/2013

Deux publications récentes analysent l’utilisation du glyphosate (matière active de Roundup®) pour le désherbage des rotations agricoles contenant des céréales, du colza, du maïs, de la betterave à sucre et d’autres cultures. Ces publications sont signées par des chercheurs des Universités de Giessen et de Göttingen, en Allemagne. Les méthodologies sont différentes mais débouchent sur des résultats notables. Les références complètes (réf.1 et réf.2) sont disponibles au bas de cette page.

Comme dans d’autres pays, l’utilisation du glyphosate par les agriculteurs allemands est variable, entre 0% des surfaces de maïs et plus de 50% des céréales d’hiver. Le traitement se fait surtout à 2 époques, soit avant le semis des cultures (en automne ou au printemps) soit sur les chaumes des cultures, c'est-à-dire juste après la récolte (réf.1).

« Le glyphosate est utilisé de manière routinière comme facilitateur agronomique. » (réf.2)

Dans les deux études, un lien très fort est fait entre le glyphosate et les techniques de culture sans labour. En 2011, la proportion des surfaces non labourées traitées avec du glyphosate était plutôt élevée : entre 40 et 100% selon les régions et les cultures (réf.1).

Les auteurs expliquent que « (…) Le glyphosate doit être considéré comme un outil agricole plutôt que comme un herbicide. Beaucoup de décisions faites par les agriculteurs sont motivées par des questions agronomiques comme d’éviter le labour ou les coûts du travail mécanique, tandis que d’autres herbicides sont utilisés plutôt pour préserver le rendement. (…)aucune déclaration d’agriculteur n’indique que le glyphosate est considéré comme un herbicide protégeant le rendement. Par conséquent, la valeur du glyphosate peut difficilement être évaluée sur la base du gain de rendement mais doit l’être plutôt sur le coût du gas-oil et des efforts de remplacement », Les efforts de remplacement sont les pratiques qui seraient nécessaires si le glyphosate n’existait pas (réf.2).

L’équipe de Göttingen conclut qu’en cas de culture sans glyphosate, « les agriculteurs prévoient une augmentation de la proportion de terres labourées de 38,1% à 71,4%» des surfaces, ce qui est une évolution peu envisageable (réf.2).

Dans le cas du colza d’hiver, « la réduction du travail mécanique du sol après récolte [en automne] est un moyen de réduire la minéralisation de l’azote qui, en cas de perturbation forte du sol peut conduire à un lessivage incontrôlé  de l’azote pendant l’hiver qui suit. » C’est un autre avantage environnemental réel (réf.2).

Des bénéfices économiques quantifiés

Les auteurs utilisent des modèles permettant de calculer la valeur économique du glyphosate. Sur 896 fermes enquêtées, cela représente entre 1800€ et 4700€ par ferme et par an (réf.2).

Plus globalement, « Au niveau national, le bénéfice économique du glyphosate lié aux économies des autres pratiques telles que le travail du sol et les herbicides de post-levée [désherbants qui s’utilisent sur la culture présente] a été évalué entre 79 et 202 millions d’euros par an (…)» (réf.2).

L’équipe de Giessen indique qu’une agriculture sans glyphosate entrainerait « des baisses de rendement à moyen terme autour de 5% ». Mais comme beaucoup d’ « agriculteurs ne labourent plus, comme dans la région est-allemande, cela signifie plutôt une baisse de rendement autour de 10% ». En supposant une baisse de rendement de 5%, «la marge pour une rotation colza d’hiver/blé d’hiver/blé d’hiver serait réduite de 14,7% dans la région côtière à 27,6% dans les régions de l’est ». « Pour la betterave et le maïs, le changement de marge varierait de +1,5% à -36% » (réf.1).

Les auteurs utilisent un modèle de simulation, appelé AGRISIM, prenant en compte l’amont et l’aval de la ferme, ainsi que les interactions internationales concernant la formation du prix  – une baisse de rendement en Allemagne augmenterait les importations et réduirait les exportations - qui concernent la formation du prix. Dans ce schéma, une agriculture sans glyphosate entrainerait une perte européenne variant de 1,4 à 4,2 milliards de dollars (réf.1). 

Tous ces résultats démontrent l’utilité agronomique et économique du glyphosate pour la ferme Allemagne. D’autres publications, comme celle de l’ADAS en Grand-Bretagne, avaient aussi montré cette utilité (réf.3)

 

Références

(1)H.Garvert, P.M.Schmitz and M.N. Ahmed (Justus-Liebig-University, Giessen, Germany). Agro-economic analysis of the use of glyphosate in Germany. Outlooks on Pest Management, April 2013.

(2)H.H.Steinmann, M.Dickeduisberg, L.Theuvsen (Georg-August-University, Göttingen, Germany). Uses and benefits of glyphosate in German arable farming. Crop Protection 42 (2012) 164-169.

(3) Cook S.K., Wynn S.C., and J.H. Clarke.How valuable is glyphosate to UK agriculture and the environment?, Outlooks on Pest management, December 2010.